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pulse j'existe

Premiers paragraphes d’un texte écrit à l’occasion d’une exposition des cinéastes Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (“Collectif Ceremony”,  Galerie Overgaden, Copenhague, 2013), paru sous le titre: “Se sauver. Éléments pour une Nouvelle Alliance du Cinéma et de la Philosophie” sur le site Débordements et sous le titre: “Cinémétéographie” sur Strass de la Philosophie, le site de Jean-Clet Martin

« J’appelle précisément fantastique ce que l’on ne voit pas avec ses yeux » (Catherine Malabou)

1. A chaque fois qu’il y a du cinéma, du cinématographique, quelque chose arrive qui n’aurait pas dû arriver ainsi. On pourrait parler d’événement cinématographique, ou cinémétéographique : nuages en accéléré (Rumble Fish), averse de neige (les espaces interstitiels de L’amour à mort), météores en tous genres (le monolithe noir de 2001)… Ces événements peuvent également se référer à une météorologie intérieure (la dépression d’Elisabet Vogler dans Persona) ou métaphorico-politique (la tempête de singes révoltés de Rise of the Planet of the Apes). Mais ce qui compte en définitive est la manière dont les événements cinématographiques révèlent qu’un autre monde hante celui que nous connaissons.

Voilà une bien étrange proposition : ne savons-nous pas, depuis Nietzsche, qu’il n’y a plus d’outre-monde ? Ne nous dit-on pas, depuis des décennies maintenant, qu’il n’y a plus de dehors ? Que tout est là, disponible, visible, consommable ? A force de refuser les dehors, le monde est redevenu plat. Dans un monde sans extériorité, un fugitif est un bloc d’informations en mouvement que l’on peut tracer (Enemy of the State), et dont on peut prévoir le comportement (Minority Report). Ne cherchez pas à vous échapper, on vous retrouvera ; on vous a retrouvé avant même que vous ne songiez à partir ; on vous a filmé ; on vous a pré-filmé ; grâce au Data Mining et les nouvelles possibilités d’analyses prédictives qu’il engendre, on a enregistré votre déposition avant même que vous ne l’écriviez.

Seulement voilà, tous les discours de la surveillance et de la police préventive sont fondés sur un déni de la déchirure du monde. Le cinéma est ce qui non seulement explore cette déchirure, mais la peuple. Le peuple en mouvement de la déchirure du monde, le peuple explorateur qui fuit la domination des vivants morts comme la pesanteur des morts-vivants, c’est toute l’histoire du cinéma – sa rémanence, l’intensité de son présent comme son seul avenir.

(…)

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