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Extrait de “Le cinéma éco-apocalyptique. Anthropocène, cosmophagie, anthropophagie”, mon article pour le n°96 de la revue Communications (2015 – numéro dirigé par Yoann Moreau) sur la question des catastrophes:

“Par cinéma éco-apocalyptique, nous entendons d’abord un sous-genre cinématographique : les films éco-apocalyptiques et post-éco-apocalyptiques font reposer la possibilité (ou la réalité) de la fin du monde sur des motifs environnementaux – et non pas, par exemple, sur les dégâts provoqués par l’éventuelle collision de la planète Terre avec une comète, comme dans Deep Impact de Mimi Leder (1998). Comme nous le verrons pourtant, la dimension éco-apocalyptique infiltre le cinéma bien au-delà des films explicitement habités par les problèmes écologiques contemporains. Si les zombis de la série The Walking Dead (2010-2015) ne laissent aucun répit aux survivants, si Meek’s Cutoff de Kelly Reichardt (2010) nous présente des familles assoiffées dans le désert de l’Oregon en 1845, si Noé de Darren Aronofsky (2014) fait du patriarche biblique le premier environnementaliste, c’est parce que les angoisses de l’Anthropocène forcent le cinéma à incorporer une dimension éco-apocalyptique par laquelle il interroge le futur et réinterprète le passé de nos sociétés écologiquement sinistrées.

Afin de comprendre la manière dont ce cinéma rend compte de la « société de la catastrophe », nous commencerons par analyser la face sombre de l’Anthropocène : plus l’humanité se constitue comme une force géologique, biologique et écosphérique, plus le reste du monde devient faible, et par conséquent plus les dimensions non-humaines disparaissent. Nous appellerons cosmophagie le lent processus catastrophique conduisant l’humanité à manger, décimer tout ce qui n’est pas elle. Dans un second temps, nous montrerons comment ce cinéma exprime l’angoisse d’un monde détruisant toute altérité et tout dehors. Nous insisterons plus particulièrement sur l’horizon anthropophage que dessinent bon nombre de films éco-apocalyptiques. Cet horizon est le stade suprême de la cosmophagie résultant de l’Anthropocène. Enfin, nous montrerons comment le cinéma éco-apocalyptique parvient parfois à échapper à la machine cosmophagique et à la duplicité écologique de l’Anthropocène en accueillant et en nous donnant à voir les dehors du monde.”

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