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QUELQUE PART

“Quelque part dans le monde, ou comment métaboliser l’atopie ?”

Abstract :

La mort serait-elle le seul véritable dehors du monde ? Toute autre idée du dehors relèverait-elle de l’illusion ? C’est en tous les cas ce que la théorie contemporaine dominante semble pronostiquer, en excluant l’idée même du dehors. Nous serions irrémédiablement sans espace autre que celui produit par nos soins. J’aimerais contester cette thèse sur le monde et l’humanité, et affirmer que seul un monde exophobique – un monde effrayé par le dehors – tend à réduire ce dernier à la mort. Le dehors est d’abord l’instance atopique par laquelle il y a monde, mais aussi sujet, et encore parole – autrement dit la vie de l’esprit. Toute la difficulté est de laisser place à l’atopie, c’est-à-dire de la symboliser. C’est en effet qu’il y a deux façons de se forclore de l’atopie : 1/ la première consiste à affirmer et construire la pure immanence du monde, l’être-au-dedans absolu où tout s’avère interconnecté avec tout ; 2/ la seconde consiste à fonder un Dehors radicalement séparé du dedans, localisant ainsi une radicale Transcendance.

La solution que je propose consiste à métaboliser l’atopie, c’est-à-dire à faire en sorte que nos sociétés reconnaissent la part insituable, inconstructible, sauvage, sans laquelle le monde n’est plus que la matière inconsistante que les promoteurs du capitalisme anthropocénique reprogramment chaque matin. Pour étayer cette position, je porterai d’abord l’attention sur la manière dont Baudelaire, puis Maupassant, ont cherché, par la fiction, à rendre compte de l’atopie, du là-bas et du Horla, en un siècle qui – sous le signe de la mort de Dieu et sous l’action de la subsomption intégrale du monde exercée par le capitalisme – a précisément subi l’évanouissement du dehors. M’extirpant de ce siècle et plongeant d’un seul coup dans la caverne éclairée par Platon à la lumière des Idées, je chercherai ensuite à définir l’atopie comme position vécue dans le dehors du monde. Enfin, j’essaierai d’approcher ce que pourrait être la forme politique d’une métabolisation de l’atopie – une métabolisation sans laquelle l’afflux de réfugiés que le monde aujourd’hui connaît ne pourra tourner qu’au carnage.

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