Home

Introduction de La fin du monde ne sera pas télévisée. Étude logique, esthétique et psychologique sur le cinéma apocalyptique,

mon article pour le numéro de la revue Ecrire l’Histoire n°15 (octobre 2015), dossier dirigé par Sophie Wahnich et Paule Petitier sur “la fin de l’histoire”

La fin du monde ne sera pas télévisée

“Save the green planet (Jang Joon-hwan, 2003) s’achève d’une bien étrange façon. Une fois la planète Terre détruite par une espèce extraterrestre, subsiste une télévision errant dans l’espace, sur laquelle est diffusé un générique – de fin. Voilà qui nous expose à un double paradoxe : (1) coupée de toute source d’énergie, une machine persiste à diffuser des images et des sons alors même que le monde n’est plus ; (2) ce que cette télévision diffuse est le récit de la vie du personnage principal en guise de générique de fin, comme si la fin du film relatant le passé d’un être désormais mort prenait la place de la fin du monde. Prenait la place ? Il faudrait s’entendre sur le sens de cette expression : la fin d’un film apocalyptique a-t-elle pour effet, si ce n’est pour fonction, d’escamoter la fin du monde, de lui prendre sa place – ou propose-t-elle la seule manière de la représenter, de lui donner une place ? D’une façon plus générale, le cinéma est-il vraiment en mesure de rendre compte de la fin du monde, ou bien est-il toujours contraint de biaiser, de ruser avec une fin qui ne peut en définitive que lui échapper – comme la mort, toujours, nous échappe ?

C’est à ces questions que voudrait répondre cet article en interrogeant le réel auquel se confronte le cinéma apocalyptique – réel de la fin, réel de la mort, réel de la destruction du monde, des humains et des formes de vie. De fait, le cinéma apocalyptique cherche toujours un moyen de contourner cette impossibilité de la représentation. Ce genre cinématographique reconnaît-il cette impossibilité, s’abstient-il de toute image de la fin ? Tout au contraire ! Il en rajoute, n’hésitant pas à figurer l’impossible, et nous exhibe le désastre sous tous ses aspects – jusqu’à nous donner en pâture, luxe suprême d’une représentation de l’impossible, à des morts-vivants, ces paradoxes ambulants que la série The Walking Dead nous présente indéfiniment, saison après saison, depuis 2010. Tout se passe comme si le cinéma apocalyptique tendait à se faire postapocalyptique, c’est-à-dire à commencer par la fin – d’un monde, d’une civilisation, d’une manière de vivre. Mais pourquoi ? Pourquoi le cinéma apocalyptique est-il tenté d’inverser la temporalité, la logique des événements, et de commencer par la fin ? Telle est l’énigme du cinéma apocalyptique que cet article aimerait contribuer à résoudre.”

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s