Self-Portrait

Self-Portrait (video, 2019): https://vimeo.com/331134918

“Le plus ancien “visage”, mais sculpté par la nature: c’est bien sur lui que s’ouvre le film, cette pierre qui est aussi le premier objet à avoir été approprié par un humain, gardé et porté. Le premier fétiche, pourrait-on dire, ou plutôt le premier talisman. Importance de placer un talisman à l’orée d’un “self-portrait”, avec le risque que comporte cet exercice. Importance, aussi, de placer en ouverture une figure de l’altérité nouée : le visage est autre que celui qui s’y est reconnu, mais témoigne cependant pour son existence, et pour cette reconnaissance, cette épiphanie du même pour un autre. Mais ce visage, ce n’est pas l’humain qui l’a sculpté, c’est son autre, la nature. Et pourtant, nous aussi, on s’y reconnaît, et on aimerait dire : comme celui qui l’a trouvé s’y est reconnu.

Faire un auto-portrait, c’est se rendre étranger à soi-même. D’où un premier mouvement, qui décline les figures de l’altérité en superposition avec le mouvement du modèle, qui dès lors devient lui aussi : un extra-terrestre (on voit du moins les signes de leur langue), un animal qui passe au loin, des arbres, une femme (menacée ?). La femme est nue, et on ne voit pas son visage : inversion par rapport au modèle de l’auto-portrait, mais cela en conformité avec une tradition qui a exposé le corps féminin pour maintenir la distance avec la tête masculine. Ceci dit, ce n’est pas cela qui apparaît (une critique de la tradition), mais la beauté et la fragilité de ce à quoi, peut-être, pense cet homme, de ce qui (comme l’animal au loin, comme l’ailleurs) est au fond de ses pensées.

Il y a alors un second mouvement, avec le poème de Hugo (…). Le but en tout cas : se rendre inconnu à soi-même – nous qui souffrons de trop bien nous connaître (sans parler des autres qui, comme le disait Musil, savent trop bien qui nous sommes, ce que nous allons faire, quelles sont nos limites, etc.). Alors nous nous élevons dans ce qui pourrait être une nébuleuse, une image de l’espace infini. Et les images de l’espace, les images qui évoquent le Big bang, sont aussi des images abstraites, comme s’il fallait aller à l’origine des formes (Malevitch ?) pour se trouver, c’est-à-dire se perdre, parvenir vraiment à se perdre, c’est-à-dire se trouver comme inconnu. Alors l’image du modèle, qui a été rappelée dans un petit cadre à droite, peut ne plus revenir. L’appel des extra-terrestres peut résonner, et l’auto-portrait a bien rempli sa fonction”.

– Bernard Aspe, 23 Avril 2019

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