Communisme existentiel (Jean-Luc Nancy)

Je dépose ici le pdf de mon livre sur Jean-Luc Nancy (dont l’existence désormais se poursuit sur un mode aussi énigmatique que celui de l’univers): Le communisme existentiel de Jean-Luc Nancy (pdf) (Lignes, 2013).

Premières pages:

Après la déconstruction

La puissance d’une philosophie se mesure à la capacité qu’elle a de satisfaire à cette double injonction: correspondre pleinement à la tradition qui la porte; et s’en détacher résolument. Interroger, de l’intérieur, cette tradition; et la contester par des traits qui ne sont pas strictement philosophiques. À cette double exigence répond la philosophie de Jean-Luc Nancy.

Pour vérification de ce constat, je propose non pas une somme explorant tous les aspects de cette philosophie, mais un aperçu – mieux : une perspective dont l’objet est de montrer en quoi cette pensée intervient singulièrement dans l’époque. On pourrait, bien entendu, porter cette intervention au compte de l’école de la déconstruction, dont Nancy, avec Derrida et quelques autres (Paul de Man, Avital Ronell), est une figure éminente. Il utilise en effet souvent ce terme, parfois même comme titre générique (Déconstruction du christianisme). Mais, précisément, quelle est la fonction d’un tel concept dans son œuvre? Nancy serait sans nul doute d’accord avec Derrida pour dire que la déconstruction est ce qui a pour enjeu de laisser une place à l’impossible, l’hétérogène, l’événement ou l’« à-venir » (Derrida). En ce sens, déconstruire n’est pas détruire mais montrer qu’il y a du jeu – à tous les sens du terme – là où l’on croyait tout immuable, coupé de toute altérité comme de toute altération. Et l’on sait aussi que, pour Nancy comme pour Derrida, la déconstruction n’est pas une simple méthode critique, elle s’engage au cœur même de l’ontologie, quitte à montrer ce qui la hante. La déconstruction est, d’une certaine manière, le mouvement même des choses, leur auto-déconstruction permanente – ainsi, pour Nancy, le christianisme secrétant son propre athéisme.

Pourtant, je soutiens que la déconstruction n’est pas le terme dernier de la pensée de Nancy, qui se singularise en se démarquant d’une nouvelle tradition qu’elle tend cependant à former. Il ne s’agit pas de dire qu’après la déconstruction il s’agirait de reconstruire, et pour une raison très simple: c’est la construction elle-même qui génère sa déconstruction! Après la déconstruction ne peut vouloir dire qu’une et une seule chose: autrement – un écart; la survenue d’une bifurcation, d’un nouveau partage de l’intelligence du monde, d’une autre manière d’envisager les rapports de l’ontologie à la politique, d’une vue inédite sur le legs religieux. Pour définir cette autre pensée, je parlerai de communisme existentiel“.

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